Archives • Décembre 2009
Jeudi 17 décembre 2009 - 17 H 37  | Aucune réaction pour l'instant
http://www.mediapart.fr/club/edition/quel-temps-copenhague/article/171209/le-syndrome-du-titanic Nicolas Hulot aura-t-il porté la poisse au Sommet de Copenhague ? Ou tout simplement anticipé de quelques mois l'incapacité des dirigeants du monde à se montrer à la hauteur de leurs responsabilités ? Toujours est-il que l'accumulation de nuages de plus en plus sombres sur l'issue du Sommet a conduit le chef de l'Etat de Tuvalu à user de la même image - celle du Titanic - lors de son intervention hier. Et force est de constater que pendant que le naufrage s'approche dangereusement, l'orchestre continue de jouer la mélodie monotone des déclarations historiques de chefs d'Etat confirmant l'importance de l'enjeu mais trop occupés par leur image nationale pour dépasser les égoismes traditionnels et se hisser au niveau suffisant pour mettre sur la table les propositions qui sortiraient de l'ornière. Comme dans toute bonne partie de poker, chaque joueur tente sans doute de garder dans sa main quelques cartes jusqu'au dernier moment. Mais ce jeu stupide - sur le dos des peuples - ne peut que mal finir quand la négociation est si complexe et quand l'accord à construire ressemble bien plus à de la dentelle qu'à la stratégie de l'éléphant dans le magasin de porcelaine qu'affectent souvent de choisir ceux qui se considèrent comme les "global leaders". Symptôme aggravant du raidissement des négociations : la bunkerisation du Bella Center. Alors que la conférence se déroulait depuis quinze jours dans un cadre serein où cohabitaient ONG, médias, élus, négociateurs, etc. les Robocop ont progressivement investi la place depuis la grande manifestation de samedi. Jour après jour, le centre est devenu de plus en plus inaccessible à tout ceux qui n'étaient pas membres des délégations nationales. Un très mauvais signal contre lequel nous, élus Verts et Europe Ecologie encore présents, nous sommes élevés en vain hier. Dans cette ambiance lourde et morose, j'ai choisi de rejoindre ce matin la visite en bateau organisée par la ville de Copenhague, à destination des élus locaux participant au Sommet des Maires, de la ferme d'éoliennes offshore située dans la baie de la ville. Un moment impressionnant, passionnant et réconfortant - malgré un froid tenace - qui permet de rappeler qu'heureusement pendant les palabres certains agissent, ouvrent la voie et montrent que des actes concrets sont déjà entrepris. On ne le rappelera jamais assez : les solutions sont pour la plupart connues, elles sont à portée de main. Leur problème est de se heurter à des intérêts bien établis. C'est pour cette raison que ce dont nous avons le plus besoin aujourd'hui, c'est de volonté politique au service d'une vision. Il reste encore quelques heures aux dirigeants du monde pour montrer s'ils en ont ou s'ils porteront la lourde responsabilité de l'échec. Denis Baupin En direct de Copenhague  » Lire l'article
Mercredi 16 décembre 2009 - 16 H 50  | Aucune réaction pour l'instant
L'éco-quartier Fréquel-Fontarabie tel qu'il devrait être en 2012 (Vue d'artiste). Crédit : Eva Samuel - SIEMP L’« éco-quartier » Fréquel-Fontarabie, projet pilote en matière de développement durable, devrait voir le jour fin 2012, à deux pas de la place de la Réunion dans le 20e arrondissement de Paris. Concertation, insertion urbaine, démarche sociale forte et approche environnementale ambitieuse sont les points clés de cet îlot délimité par les rues Orteaux, Fontarabie, Réunion et par le passage Fréquel. Le programme a été récompensé au mois de novembre dans la catégorie « Sobriété énergétique », dans le cadre de l’appel à projets Écoquartiers lancé par le Ministère de l’écologie. 50 € de chauffage par an L’éco-quartier Fréquel-Fontarabie comprendra 110 logements sociaux (73 logements neufs et 37 en réhabilitation dont un atelier d’artiste), une crèche municipale de 60 berceaux, une PMI, 4 locaux d’activité, un jardin public et associatif de 1000 m2. 70 places de parking seront également aménagées en sous-sol et dans les environs. Imaginé par l'architecte Pascal Gontier, le bâtiment passif dit lot n°5 sera situé au 3-11 passage, Fréquel. Crédit : Pascal Gontier - SIEMP Les choix effectués dans le domaine énergétique s’inscrivent dans la démarche du Plan Climat de Paris, avec des consommations d’énergie inférieure à 50 kw/m²/an pour les logements neufs et 80 kw/m²/an pour les bâtiments réhabilités et les équipements. Les 17 logements du bâtiment 3-11 passage Fréquel (Lot 5 sur le plan) dont la construction a déjà commencé, iront encore plus loin dans ce domaine. Le projet est conçu pour atteindre les performances d’un bâtiment passif certifié « Passivhaus » impliquant une consommation énergétique de seulement 15 kw/m2/an grâce aux techniques d’isolation, au triple vitrage des fenêtres, et à un système de puit canadien… Les travaux devraient être terminés en juin 2010. « Le surcoût est d’environ 10% mais il est important d’envisager le passif sur du long terme. En effet, la facture de chauffage s’établira en moyenne à 50 euros par an et par logement », selon Pascal Gontier, l’architecte du bâtiment.
L’insertion urbaine et sociale au cœur du projet « Le point de départ était la dimension urbaine et sociale du projet, l’écologie s’est adaptée », explique Eva Samuel, architecte coordinatrice du projet, rappelant ici une approche du développement durable au service de l’humain. « Quand nous sommes arrivés, le contexte était tendu à la suite de nombreuses opérations privilégiant une utilisation maximale du foncier. Les associations se sont mobilisées, nous avons eu carte blanche pour repartir sur de bonnes bases ». La stratégie adoptée a été d’éviter la densité, d’offrir des espaces libres et des lieux de convivialité pour que les habitants du quartier puissent se l’approprier. Deux passages publics traversants et une place publique donnant sur la rue de la Fontarabie favoriseront ainsi le passage vers le jardin. Le consensus a été large autour du projet malgré quelques couacs en cours de route. Pour Fabienne Giboudeaux, adjointe au maire de Paris en charge des espaces verts, la concertation sur ce projet est « un exemple de la démarche participative dans le 20e ». Et la mairie du 20e de rappeler : « Fontarabie est le seul écoquartier parisien où l’effort énergétique est présent en rénovation urbaine et en rénovation de bâtiments. »
Voir le plan de l’opération (le bâtiment du 45 rue des Orteaux a récemment été intégré dans le projet, 4 logements y seront réhabilités) Regarder l’interview de Denis Baupin (élu du 20e arrondissement) sur le réchauffement climatique et sur l’écoquartier Fréquel-Fontarabie : http://www.youtube.com/watch?v=GSxLlPlnDzQ  » Lire l'article
Mercredi 16 décembre 2009 - 16 H 23  | Aucune réaction pour l'instant
http://www.mediapart.fr/club/edition/quel-temps-copenhague/article/161209/vraies-et-fausses-solutions Ici, à Copenhague, le compte à rebours est enclenché. Plus que 6 jours, 5 jours, 4 jours,... La machine infernale est en marche, et bien malin qui aujourd'hui peut prédire à quoi elle aboutira. Toutes les hypothèses restent sur la table : de l'échec complet au miracle inespéré, en passant par toutes les nuances d'accord plus ou moins tiédasse, tant les négociations sont complexes, mêlant tant d'intérêts divergents, de solutions juridiques à inventer, de rapports de force inégaux et d'égoismes souverains. Plus les négociations piétinent et plus les "side-events" semblent se multiplier. J'assiste à ceux qui concernent les élus locaux, Sommet des Maires, Comité des Régions, etc. La litanie des discours en devient presque oppressante. Tout le monde (même l'OCDE, la Banque Mondiale, et une impressionnante file de multinationales) est devenu "Vert", conscient de l'enjeu climatique... et fait déjà son maximum. On se demande de quoi osent encore se plaindre le paysan malien qui expliquait ne plus pouvoir nourrir sa famille ou les représentants des îles menacées d'être englouties ! Certes, cela fait longtemps que je ne crois plus au grand soir, qui plus est au grand soir climatique. Certes, je sais que le monde ne change pas en un jour, que les changements se construisent pas à pas. Et à tout prendre, sans doute vaut-il mieux que la Banque Mondiale, l'Ocde, etc. soient aujourd'hui obligés d'inclure le dérèglement climatique dans leurs discours, plutôt que de l'ignorer. Car si l'expérience montre que les actes ne suivent pas toujours les discours, il est certain que sans modification préalable des discours il n'y aura pas de modification des actions. Mais que de temps perdu ! Que de retard alors que l'urgence à agir est partout proclamée par les scientifiques ! Jour après jour, mon sentiment de malaise laisse place à la colère. C'est finalement hors des couloirs feutrés du Bella Center qu'on trouve un peu d'air frais. Avec les ONG et les nombreux activistes qui tentent de faire le lien entre le dedans et le dehors du Cop15... mais aussi en regardant le monde réel. Depuis hier, clin d'oeil du climat, la neige tombe régulièrement sur Copenhague (rappelant opportunément que les logiques climatiques ne sont peut-être pas encore totalement déréglées). Et ce qui frappe le plus l'oeil de l'ancien Maire adjoint aux Transports, c'est, malgré ce climat rude, la profusion de cyclistes bravant la neige et le froid. Plus encore que les jours précédents, cette omniprésence est un réconfort. C'est l'occasion de rappeler que lors de son dernier Congrès, à la Rochelle, le Club des Villes Cyclables m'a mandaté, en tant que Président honoraire, pour le représenter et porter ses messages à Copenhague. Une tache doublement difficile à remplir : outre l'avance considérable de Copenhague sur les villes françaises (même les plus volontaristes), force est de constater que, au sein du Bella Center peut d'intérêt est accordé aux vraies solutions, aux solutions simples, celles qui font réellement décroître notre empreinte écologique. N'ayez aucun doute : dans les couloirs du Bella Center, dans les casiers des délégations, dans les publications destinées à la presse, ne manquent les publicités d'aucun constructeur automobile ! Et tous sont des modèles de conversion écologique, tous ont déjà (ou vont avoir d'ici peu) une gamme de véhicules modèles ! Mais on cherchera en vain la réunion, la conférence, le sous-comité, où on mette enfin en accusation la responsabilité du lobby automobile dans le péril climatique. Revons une seconde qu'on ait consacré aux transports collectifs les milliards de dollars dépensés depuis des décennies pour construire routes et autoroutes, pour chercher et transporter le pétrole, et pour faire la guerre pour le pétrole. Revons une seconde que, comme Copenhague ou Amsterdam on n'ait jamais cherché à éradiquer le vélo de la ville (supposé être un reliquat du passé dans les villes livrées à l'automobile) et qu'on ait réservé les voies nécessaires aux vélos et aux transports collectifs dans toutes les villes (alors qu'aujourd'hui la reconquête de l'espace en ville est un tel combat). Revons une seconde qu'au lieu de construire des voitures toujours plus grosses, plus puissantes, plus énergivores, plus polluantes - et qui organisent la congestion inéluctable des villes - on ait choisi d'adapter l'automobile au besoin réel, avec de petit véhicule, peu polluant, peu consommateur d'espace... sans doute la menace climatique serait elle aujourd'hui moins pressante, sans doute pourrions nous penser léguer aux générations futures des réserves pétrolières permettant de garantir que cette ressource puisse servir aux besoins essentiels, sans doute pourrions nous rêver à ce que l'ensemble des habitants de cette planète ait un accès égal au droit à la mobilité. Ce n'est pas tant l'automobile qui est ici en question - car elle a constitué une étape du progrès et de la capacité de mobilité de l'être humain - que le système automobile, cette logique omniprésente imposée par le lobby industriel et qui a modelé nos villes, notre économie, y compris nos imaginaires. Et je ne prétends pas ici faire une grande découverte : René Dumont le disait déjà il y a 40 ans ! 4 décennies perdues pendant lesquelles les dégâts se sont déployés à un rythme que même René Dumont n'aurait pas imaginé. Pourtant, alors que cette logique nous a amené au bord du précipice, les dirigeants du monde continuent de croire que seuls quelques modifications suffiraient de faire face, et à faire confiance aux mêmes lobbies pour apporter les réponses. Il en va hélas de même en matière énergétique. Là aussi, il est temps de dire que les 4 vieilles énergies (pétrole, charbon, gaz et aussi nucléaire) sont parties du problème et non de la solution : centralisées, basées sur des ressources en quantité limitée, nécessitant des investissements lourds et des réseaux de taille toujours croissante, peu créatrices d'emploi, elles sont les énergies du passé. L'avenir est aux énergies souples, locales, renouvelables, et bien plus créatrices d'emploi. Là encore, comme dans le domaine des déplacements, le rapport de force au sein de la Cop15 est fondamentalement inégal : les solutions du passé, les fausses solutions, sont omniprésentes, quand les vraies solutions, les solutions du futur sont marginalisées. Autant de raisons de rester extrêmement vigilants et actifs qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas d'accord de Copenhague ! Denis Baupin En direct de Copenhague  » Lire l'article
Mardi 15 décembre 2009 - 16 H 44  | Aucune réaction pour l'instant
Copenhague commence ici
http://www.mediapart.fr/club/edition/quel-temps-copenhague/article/151209/copenhague-commence-ici Un court aller-retour à Paris (qui ne risque pas d'améliorer mon bilan carbone) afin de participer à la réunion du Conseil de Paris consacré au budget 2010 de la Ville, auquel est joint un « Bleu Climat », faire adopter une délibération importante pour la politique énergétique de la Ville... et passer quelques heures avec mon petit garçon, au milieu de ces 15 jours frénétiques. Tenir un conseil de Paris budgétaire en pleine conférence de Copenhague, voilà une bonne occasion de rappeler que le destin du climat ne repose pas qu'entre les mains des chefs d'Etat, et que, partout où nous sommes, surtout en tant qu'élus, nous devons engager les mutations. Maire-adjoint chargé du Plan climat de la Ville (après avoir été en charge des Transports pendant 7 ans), je m'attache à mettre en oeuvre la politique environnementale de Paris. Le Plan climat adopté fin 2007 à l'unanimité (élaboré pendant la précédente mandature par l'adjoint Vert Yves Contassot), et qui s'est fixé pour objectif une réduction de 25% de nos gaz à effet de serre à l'horizon 2020 (ainsi qu'une réduction de 25% de la consommation d'énergie et un taux de 25% de renouvelables et fatales dans la consommation énergétique) en est la pierre angulaire. Indéniablement, ce n'est pas une mince affaire. Comme en atteste le « Bleu Climat », document initialement budgétaire mais dont j'ai souhaité qu'il devienne une sorte de compte-rendu annuel de l'avancement de la mise en œuvre du plan, un certain nombre de politiques se déploient progressivement. Elles concernent les bâtiments publics (particulièrement les écoles), la construction et la réhabilitation de logements sociaux, l'appui à la réhabilitation des logements privés, l'éclairage public, les énergies renouvelables, le déploiement du réseau de chauffage urbain, la végétalisation, la réduction des consommations des services municipaux et de l'impact des déplacements, la consommation de bio dans les cantines, la réduction des déchets, etc. Dès le précédent mandat, la politique municipale des déplacements avait déjà commencé à porter ses fruits (-9% d'émission de gaz à effet de serre) en ce qui concerne le déplacement des personnes, avec notamment la réduction de 25% de la circulation automobile à Paris. Mais force est de constater que celle concernant le transport des marchandises, malgré forces initiatives et énergie n'en était qu'à ses prémisses. Dans tous ces domaines, à force de ténacité et de volonté politique, mon boulot d’élu consiste à passer un à un les obstacles placés sur la route. Ils peuvent être politiques (pour trouver une majorité), juridiques et institutionnels (quand les textes de loi, par exemple ceux du Grenelle, tardent à être adoptés, ou pour, comme le réclament les villes, aller plus loin encore dans la délégation de compétences), organisationnels (pour créer une Agence du climat, organiser des équipes, réunir suffisamment de compétences), techniques (en la matière, beaucoup reste à inventer ou à faire passer de l'expérimental à l'opérationnel), économiques (pour créer une SEM énergie), et bien sûr budgétaires, particulièrement dans une période de crise où les ressources fiscales traditionnelles se réduisent. C'est la raison pour laquelle le groupe des Verts plaide inlassablement afin que la Ville de Paris réoriente ses priorités budgétaires afin de mieux les adapter au contexte économique et à l’urgence écologique, et consacre une part plus importante de ses moyens à la conversion écologique de la ville (message qui semble pour le moins relayé par les Parisiens qui ont voté à 28% en juin dernier pour les listes Europe Ecologie). C'est la raison pour laquelle notre groupe, avait déposé un certain nombre d'amendements au budget municipal. Nous nous sommes appuyés, afin de crédibiliser nos amendements, sur une étude du CIRED, au sein du CNRS, attestant que cette politique était budgétairement possible, nécessaire d’un point de vue environnemental, et économiquement vertueuse puisque potentiellement créatrice de près de 50 000 emplois si toutes les pistes en étaient mises en oeuvre de façon volontariste. Et j'ajouterais que cette politique serait plus juste socialement puisque permettant notamment aux ménages les plus précaires de faire des économies substantielles en réduisant leurs charges de chauffage et d'énergie. Cette étude avait été présentée quelques jours plus tôt notamment par Hervé Morel, secrétaire des Verts Paris, et Pascal Canfin, économiste et eurodéputé Vert. Je regrette que la majorité de l’exécutif parisien n'ait pas voulu entendre ce message, malgré la conférence de Copenhague et les déclarations d’intention dans les média, et ait rejeté ces amendements. Mais ce n’est que partie remise, car la question climatique ne saurait être éludée, et que nous comptons sur les Parisiens (et les Franciliens) en mars prochain pour confirmer que c'est bien en ce sens qu'ils souhaitent que soient conduites les politiques publiques. Ce conseil était aussi l'occasion de faire adopter par le Conseil la conclusion de plusieurs mois de négociations menées avec l'une des forteresses étatiques énergétiques françaises, Erdf, filiale d'EDF chargée de la distribution de l'électricité. Peu de gens savent que les réseaux qui distribuent l'électricité appartiennent aux communes. Il était concédé depuis 1955 à EDF. Et cette concession arrive à échéance le 31 décembre prochain. Président de la commission supérieure de contrôle de cette concession depuis 8 ans, je me suis saisi, non sans peine, de cette opportunité pour tenter de réorienter cette concession au service de la politique énergétique et climatique de la Ville. Première particularité : alors que le droit européen a conduit à la séparation de la production et de la distribution électrique (d'où la création d'Erdf), le droit français a conservé le monopole de la distribution à la filiale d'EDF, réduisant considérablement ainsi les marges de négociation de la Ville. Et ce d'autant plus que nos interlocuteurs, peu portés à la négociation avec les collectivités locales, s'appuient lourdement sur le pouvoir de l'Etat pour imposer leurs conditions à leurs interlocuteurs. Entendons-nous bien : je ne suis pas devenu un héraut du libéralisme échevelé, portant la mise en concurrence à tous crins. Mais force est de constater qu'entre un service public monopolistique d'Etat et des services publics énergétiques locaux (une régie par exemple), des marges pourraient exister pour rapprocher la décision du terrain, et adapter ainsi la politique énergétique aux besoins et à une politique environnementalement plus pertinente. Je suis convaincu que cela reste une perspective d'avenir. A défaut de pouvoir mettre en oeuvre (pour l'instant) une telle politique, je me suis attaché (aux côtés d'autres négociateurs de la Ville qui portaient d'autres préoccupations notamment juridiques et budgétaires) et avec l'appui d'Hélène Gassin venue opportunément renforcer mon équipe, à : - mettre fin au hold-up exercé depuis des années par EDF/Erdf sur l'entretien du patrimoine municipal. Ainsi, avec le soutien du législateur, l'entreprise a fait remonter ces dernières années dans ses comptes nationaux près de 600 millions d'euros qui auraient dû être investis dans l'entretien et la modernisation du réseau parisien ! Pendant plusieurs années, l'entreprise s'est servie du rideau de fumée de la séparation entre EDF et Erdf pour ne pas informer la Ville. Et ce n'est qu'à l'occasion de cette négociation, que nous avons pu mettre fin à ce scandale (qui par bien des aspects s'apparentent à celui qui a consisté à transférer le patrimoine du Stif à la Ratp, là aussi pour permettre à une entreprise nationale plus ou moins publique d'investir dans des marchés à l'étranger aux dépens des collectivités locales) et préserver près de 350 millions d'euros, propriété des Parisiens. - garantir sur la durée les mécanismes de soutien aux précaires énergétiques ; - favoriser le développement des énergies renouvelables sur le territoire parisien, en obtenant un temps de raccordement au réseau des installations photovoltaïques, éoliennes, etc. en moins de 4 semaines, là où cela se compte en mois partout sur le territoire national ; - et surtout engager une première étape de développement de « réseaux intelligents » sur le territoire parisien. On entend par là un réseau équipé de dispositifs de télécommande et communication permettant l’intégration de productions décentralisées d'énergies renouvelables et une meilleure maîtrise des consommations. Paris sera le territoire d’expérimentation pour une nouvelle génération de compteurs qui permettra aux usagers non seulement de connaître leurs consommations en temps réel mais aussi de gérer et programmer leurs équipements pour les réduire. Certes, l’intelligence du réseau ne suffira pas à régler les multiples problèmes posés par le développement particulièrement néfaste du chauffage électrique qui alourdit les factures, oblige à utiliser des centrales particulièrement polluantes et importer à prix d’or de l’électricité. Mais à l’heure où les périodes de grand froid font craindre un black-out, il est crucial d’améliorer la gestion des pointes de consommation. L’expérience de la Ville de Paris confirme que les collectivités doivent impérativement regarder de près leurs contrats et surveiller les pratiques du distributeur. Et ce d'autant plus que dans les années qui viennent, de nombreux contrats de concession vont être renouvelés, c’est notamment le cas du Sipperec (syndicat d’électrification de la périphérie de Paris) avec qui j'entends bien poursuivre une collaboration étroite. Le vote à l'unanimité de la délibération que j'ai présentée ne garantit pas à lui tout seul que tout roulera dorénavant sur des roulettes. L'expérience me permet de savoir qu'avec des interlocuteurs comme Erdf seules une attention continue, une bonne connaissance des dossiers - et parfois le rapport de force ! - permettent d'éviter que les accords d'un jour deviennent lettre morte le lendemain (un adage que beaucoup de négociateurs à Copenhague connaissent visiblement déjà !). Pour autant, ce vote constitue un pas supplémentaire vers la création d'un service public local de l'énergie, qui s'affirme déjà dans la production (les renouvelables), la consommation (maîtrise de l'énergie dans le bâti, l'éclairage, etc.) et dorénavant dans la distribution. Un outil indispensable pour mettre en oeuvre demain l'éventuel accord de Copenhague. Denis Baupin En transit entre Paris et Copenhague  » Lire l'article
Vendredi 11 décembre 2009 - 15 H 53  | Aucune réaction pour l'instant
Il paraît qu'il existe encore des « climato-sceptiques »... Ceux-là devraient venir à Copenhague discuter avec les représentants africains, latino-américains, sud-asiatiques. Pas un qui n'évoque les effets du dérèglement climatique, non pas dans 10, 20 ou 30 ans mais aujourd'hui même. Partout les signaux d'une profonde perturbation des cycles climatiques sont ressentis profondément par les populations, en commençant par les populations rurales, les agriculteurs, les plus vulnérables aux modifications de température, de pluviométrie, de cycle des saisons. Lors de la rencontre organisée mercredi 9 décembre, par CGLU et ICLEI entre élus français et représentants africains, c'est un paysan malien qui interpellait fortement les dirigeants du monde en demandant « justice » face aux responsables. Et l'élu burkinabé présent n'hésitait pas à rappeler que les effets du dérèglement climatique s'inscrivent sur une longue durée, les premières manifestations remontant aux sécheresses sahéliennes des années 70. Dès lundi, lors de la rencontre du bureau d'ICLEI avec la délégation nigériane, le délégué n'hésitait pas à déclarer « Africa is dying ! », alertant sur les effets déjà visibles dans son pays, et soulignant à quel point son pays est vulnérable au dérèglement climatique puisque 90% de son activité économique se trouve en bord de mer. Le moindre des paradoxes, dont le délégué était parfaitement conscient, n'est pas que cette économie repose totalement sur le pétrole, celui-là même dont la consommation génère les gaz à effet de serre ! Cercle vicieux dont le Nigéria ne peut évidemment sortir seul. Le sentiment général de celles et ceux qui suivent année après année les COP sur le climat est bien que la situation a changé. Dorénavant, les représentants de nombreux États ont peur, peur des conséquences du dérèglement climatique, notamment pour leur agriculture et l'alimentation de la population. Certes, dans le stupide jeu de poker menteur auxquels se livreront les États jusqu'à l'accord final, pas question pour la Chine, l'Inde, etc. d'afficher cette « faiblesse » qui devrait les inciter à prendre dès maintenant des engagements plus fort de réduction de leurs émissions de gaz, mais la crainte est perceptible une fois les micros éteints. Ils n'ignorent pas qu'un peuple qui a faim est de loin le plus sûr déclencheur de révoltes qui ont mis à bas des régimes qui semblaient bâtis pour l'éternité. Les émeutes de la faim, l'an passé, n'avaient certes pas pour seule cause la baisse des récoltes due aux changements climatiques. L'accroissement du prix du pétrole et la part des terres prise par les agro-carburants étaient aussi passés par là. Mais ce n'était qu'une première semonce. Difficile d'oublier ces visages, dans le dernier film de Yann Arthus Bertrand (dont des extraits furent projetés lors des Journées Parisiennes de l'Energie et du Climat en octobre dernier), de paysans du sud de la planète racontant avec l'émotion de la détresse leur impuissance face à la disparition des équilibres qui fondent leurs systèmes agricoles et la production alimentaire. Aujourd'hui, lors d’une conférence du mouvement Via Campesina, au KlimaForum (village alternatif où se réunissent les ONG), le mot d'ordre est à la souveraineté alimentaire. Objectif encore plus indispensable aujourd'hui, non seulement pour permettre le développement des agricultures locales, mais aussi pour la survie des peuples. Pas étonnant dans ces conditions que la question de « l’adaptation » (aux conséquences du dérèglement climatique) soit devenue au moins aussi importante dans la négociation en cours que celle de la « mitigation » (en français l'atténuation du dérèglement climatique par la réduction des émissions). Et ce d'autant plus quand les principales victimes sont les moins responsables des émissions ! Pour autant, les deux sujets sont profondément liés. Comme le déclarait mardi le chef de la délégation suédoise, qui préside l'Union Européenne, face aux ONG, « plus on fera de "mitigation", moins il faudra d'adaptation ». Une traduction à l'ère climatique du « mieux vaut prévenir que guérir » ! Mais qu'attend donc l'Union Européenne pour en tirer les conséquences ? À chaque rencontre avec des représentants de l’UE (1), la pression monte pour que cette dernière reprenne l'initiative et contribue à sauver le Sommet en annonçant unilatéralement qu'elle passe d'un objectif de réduction de 20% de ses émissions à l'horizon 2020 à un objectif de 30% voire 40% comme le demandent certaines ONG. Las ! Borloo a eu beau déclarer, lundi dernier, qu'il y était favorable. Sarkozy a eu beau le confirmer, mercredi, aux responsables des ONG françaises. Force est de constater que soit les actes ne suivent pas les paroles, soit les le poids de la France dans l'Union est bien moins important que certaines rodomontades voudraient le laisser croire. En tous cas, le conseil européen réuni depuis hier à Bruxelles a échoué à afficher cette ambition et à jouer donc un rôle actif dans la négociation en cours. Le conseil peut bien annoncer comme une grande avancée l'engagement de 2 milliards par an (jusqu'en 2012) pour financer « l'adaptation », personne ici à Copenhague n'est dupe, surtout quand on compare la somme aux 120 milliards d'euros annuels qui seront nécessaires à terme. Encore une occasion ratée pour l'Union Européenne, trop occupée à discuter avec elle-même, d'être à la hauteur de son ambition déclarée de leadership sur le climat. Denis Baupin En direct de Copenhague (1) J'ai moi-même posé la question à Brice Lalonde, ambassadeur de la France pour le climat, mercredi lors de la rencontre avec les élus français.  » Lire l'article
Mercredi 9 décembre 2009 - 16 H 46  | Aucune réaction pour l'instant
France 3 idf : Copenhague / Plan Climat de Paris
LAURA MASSIS 15 jours pour sauver le climat, Copenhague accueille à partir d'aujourd'hui pour deux semaines les représentants de 192 pays pour trouver un accord de lutte contre le réchauffement de la planète. L'événement bien sûr est sans précédent par son enjeu et par son ampleur. ALEXANDRA ELKAIM Oui, rendez-vous planétaire avec à la clé de nouveaux objectifs chiffrés, on l'espère, jusqu'à 2050 pour réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique, le protocole de Kyoto prenant fin en 2012. Paris de son côté a lancé dès 2007 un plan climat plus ambitieux que celui de l'Union européenne pour limiter ses émissions de gaz à effet de serre.On connaît bien sûr la politique en matière de transports avec le développement du vélib et du tramway, le point sur le reste avec ce reportage réalisé par Emmanuelle HUNZINGER. EMMANUELLE HUNnNGER Un toit végétalisé et près de 60 m2 de panneaux solaires, de quoi réguler le bâtiment et satisfaire les besoins en eau chaude de cette crèche située dans le 19ème arrondissement. La première de ce type en France, elle est certifiée « Haute Qualité Environnementale », un label défini par 14 critères. HERVE BESSONNIER, DIRECTEUR DE LA CRECHE HEROLD (19EME) On a une crèche qui a une orientation Sud Sud-ouest et avec cette orientation, ça permet d'avoir un éclairement qui est naturel, donc économie d'énergie, bien-être des professionnels et des enfants au sein de la structure, mais ça permet aussi de chauffer les pièces, donc encore une économie. EMMANUELLE HUNnNGER Ouverte il y a 3 ans, cette crèche fait figure de modèle pour Paris. La ville en 2007 vote un plan climat, objectif: réduire de 25 % les émissions de gaz à effet de serre sur son territoire, 30 % pour le parc municipal, plus ambitieux que l'Union européenne. Paris s'attaque en priorité aux bâtiments, ils consomment la production annuelle de 4 centrales nucléaires: réhabilitation de logements sociaux et création d'écoquartiers, c'est le projet de la ZAC Clichy Batignolles, 3.100 logements respectueux de l'environnement. ANNE HIDALGO, PREMIERE ADJOINTE AU MAIRE CHARGEE DE L'URBANISME ET DE L'ARCHITECTURE Tous les nouveaux bâtiments que nous créons -les crèches, les écoles, les logements sociaux, les bibliothèques, les gymnases, etc - sont non seulement aux normes Haute Qualité Environnementale mais sont dans les règles du plan climat. Par exemple pour tous les bâtiments neufs, nous avons une règle de 50 kilowattheures par m2 en énergie primaire. EMMANUELLE HUNnNGER Des bâtiments deux fois plus performants que ce qui se fait aujourd'hui en matière de logements neufs. Récemment, la déperdition thermique a été relevée par caméra infrarouge sur 500 immeubles de la capitale. Paris prévoit également d'utiliser 25 % d'énergie renouvelable, la ZAC Pajol avec 3.500 m2 de panneaux solaires deviendra la plus grande centrale photovoltaïque de centre urbain en France. DENIS BAUPIN, ADJOINT AU MAIRE CHARGE DU DEVELOPPEMENT DURABLE Il Y a beaucoup de sources potentielles, tout ça est en plein développement. A partir du moment où toutes les énergies renouvelables sont redevenues quelque chose qui apparaît comme important, il y a beaucoup de recherches qui sont faites. Et donc, on peut estimer que peut-être à terme c'est 10 à 15 % de l'énergie de Paris qui pourraient être produites localement. EMMANUELLE HUNZINGER A Belleville, des mini-éoliennes seront expérimentées en janvier, dès 2010 une agence du climat ouvrira ses portes à Paris. ALEXANDRA ELKAIM Voilà. Et puis Paris et toutes les collectivités territoriales se retrouvent mercredi 9 décembre à Copenhague pour débattre de nouVeaux objectifs.  » Lire l'article
Mercredi 9 décembre 2009 - 14 H 51  | Aucune réaction pour l'instant
Pour la première fois à Paris, deux petits engins vont être installés sur le toit de la Maison de l'air. Cette expérience à caractère pédagogique va démarrer dès janvier.
C'est une grande première : dès le mois prochain, les éoliennes vont faire leur apparition dans Paris. Les premiers engins vont être installés mi-janvier dans le XXe pour six ans, à la Maison de l'air, sur les hauteurs du parc de Belleville. Que les Parisiens se rassurent : ils ne vont pas trouver du jour au lendemain en ouvrant leurs volets un grand mât avec des pâles immenses juste devant leurs fenêtres. Le fabricant grenoblois désigné par la Ville de Paris, Elena Energie, est au contraire spécialiste du petit éolien. « Nous avons conçu une technique qui permet d'éviter le bruit» Des simulations, que notre journal s'est procurées, ont en plus été réalisées pour vérifier la bonne intégration de ces appareils dans le paysage urbain. « En ville, il y a beaucoup de vents perturbés qui changent très vite d'orientation, avec des effets tourbillonnants. Cette activité venteuse nous évite d'avoir recours à des grandes machines encombrantes », explique-t-on chez le spécialiste.
Les futures éoliennes parisiennes auront une longueur de 1,60 m et un diamètre de 1,52 m. Elles seront perchées sur des petits mâts de 2 m sur le toit de la Maison de l'air. « Nous avons travaillé sur trois paramètres l'intégration des appareils aux bâtiments, le système de fixation et... le bruit », explique Frédéric Carré, le président de la société. Les nuisances sonores des éoliennes sont souvent pointées du doigt par le voisinage. « Avec le laboratoire de Grenoble nous avons conçu une technique qui permet d'éviter le bruit », assure ce chef d'entreprise. Une autre experience menée actuellement dans une ville de province semble satisfaire les habitants. L'entreprise vient d'installer le même matériel dans la ville de Laval, en Mayenne. « C'est une éolienne de ce genre qui alimente les illuminations de Noël depuis quelques jours, explique Frédéric Carré, et à ce jour, nous n'avons reçu aucune protestation des riverains. » Les deux machines qui prendront place sur la terrasse de la Maison de l'air, devraient produire 10 000 kWh par an soit l'équivalent de la consommation annuelle de deux foyers. « Cette énergie produite permettra de réduire la facture de la Maison de l'air. » L'expérience présentée aura aussi et surtout une forte valeur pédagogique puisque de nombreuses visites devraient être organisées avec les écoliers parisiens pour les sensibiliser aux énergies renouvelables. Les élus devraient valider ce projet lundi au Conseil de Paris. Marie-Anne Gairaud *************** D'autres sites sont déjà à l'étude Pas de mystère : pour que les éoliennes fonctionnent, il faut qu'elles soient installées dans des lieux balayés par les vents. Les quartiers situés en hauteur sont donc ciblés par la mairie de Paris pour les prochaines implantations. En plus de Belleville, une étude de l' Arène (Agence régionale de l'environnement et des nouvelles énergies), réalisée en 2004, a ainsi identifié les Buttes-Chaumont (XIX e ) et Montmartre (XVIIIe) comme des lieux exploitables. « Il y a aussi les collines de Passy (XVI e) et l'avenue de France (XIII e) », précise-t-on au cabinet de Denis Baupin, adjoint au maire (Vert) chargé du développement durable. Une nouvelle étude financée par la Ville de Paris est en cours pour évaluer le potentiel des énergies renouvelables dans la capitale : panneaux solaires, éoliennes bien sûr et dans leur version fluviale, hydroliennes plongées dans la Seine ... ********** Un lieu dédié à la qualité de l'air Le site d'implantation des deux premières éoliennes parisiennes n'a pas été choisi par hasard. La Maison de l'air, ouverte en 1992 et située au 27, rue Piat (XX e), est un établissement municipal dédié à la qualité de l'air. Une station météorologique ainsi qu'une borne de mesure des polluants et un terminal d'Airparif (l'organisme de contrôle de la qualité de l'air en Ile-de-France) initient le public aux questions de la pollution atmosphérique. Il y est aussi question des passagers de l'air (oiseaux, insectes et chauves-souris), du phénomène des semences et des plantes qui confient pollens et graines aux vents ... La maison perchée sur les hauteurs du parc de Belleville offre en outre une magnifique vue panoramique sur la ville et le ciel parisien. Entrée gratuite, du mardi au dimanche de 13 h 30 à 17 heures.  » Lire l'article
Mardi 8 décembre 2009 - 18 H 37  | Aucune réaction pour l'instant
http://www.mediapart.fr/club/edition/quel-temps-copenhague/article/081209/premieres-escarmouches Impressions d’un premier jour en Cop15 Ce qui frappe immédiatement, en arrivant dans les environs du Bella Center, c’est tout d’abord que la diversité des peuples du monde est là. Certes, ce ne sont pas toutes les catégories sociales de tous ces peuples, mais la présence massive des ONG du Nord et du Sud, la diversité des tenues, des visages, des langues donne immédiatement le sentiment que, oui, c’est bien une forme de représentation du monde entier qui est ici rassemblée. La seconde impression, et c’est pour moi une véritable surprise, c’est l’ambiance sereine et bon enfant qui y règne. On est loin des « salons guindés de la République », des protocoles officiels, de cet apparat si cher à une catégorie de dirigeants pour lesquels l’apparence du pouvoir compte autant que sa réalité. Certes, pas de naïveté excessive de ma part : la police danoise est très présente (mais encore assez discrète, les hauts dirigeants de ce monde ne sont attendus que dans 10 jours), les portiques de sécurité, badges, etc. filtrent les participants, et on se doute qu’il y aura une toute autre sélection dans les derniers jours de la conférence. Mais il n’empêche : la présence de nombreux représentants des ONG, mêlés aux politiques, aux négociateurs, à la presse, etc. donne le sentiment d’une ruche hyperactive mais au dialogue constant, laissant une large place aux rencontres informelles. De quoi débat-on ? Venons-en au plus formel. Il est connu depuis plusieurs semaines maintenant que la Conférence de Copenhague (Cop15) ne débouchera pas sur un protocole juridique du même type que celui de Kyoto (Cop3). La forme du débouché reste certes incertaine, mais est plus complexe qu’on ne le lit ici ou là. Il semble qu’on se dirige vers une déclaration politique de quelques pages (4 ou 5, dit-on) des chefs d’Etat (à laquelle seraient peut-être raccrochés les engagements pris par chacun d’eux) mais auquel s’ajouterait un document décisionnel des membres de la COP d’une cinquantaine de pages (1). Ce dernier document n’a certes pas la valeur d’un protocole, mais il est essentiel dans l’élaboration d’un éventuel protocole à venir. La grande plénière des Etats du monde Hier après-midi s’ouvrait donc la plénière d’examen du texte, dans cette phase finale de négociation à Copenhague. Première surprise, l’accès à la grande salle où se tient la réunion est relativement libre pour les personnes accréditées. Et il y a foule, notamment du côté des ONG. Dans les rangs qui leurs sont réservés, on manque donc de chaises, tant l’affluence est grande. Beaucoup de gens sont assis par terre. Habitué aux AG et meetings des Verts, je ne suis pas trop dépaysé ! Les cinquante premiers rangs sont bien sûr réservés aux délégations nationales, représentées par des hauts fonctionnaires. Après que le Président de séance, Michael Cuttajar - qui coordonne depuis de longs mois l’élaboration de ce texte - a expédié un certain nombre de points formels (et a expliqué, point essentiel, qu’à partir de ce mardi matin se tiendront des réunions bien plus resserrées entre les différents groupes d’ici à la prochaine plénière prévue le 16), prend place une longue série d’interventions qui permettent de sentir l’ambiance générale au moment où commence Copenhague. Première à intervenir, la représentante soudanaise du « G77 et la Chine » (grosso modo l’essentiel des ex-pays colonisés, dans lesquels on retrouve les poids lourds que sont la Chine et l’Inde) donne le ton de l’après-midi : l’impérieuse nécessité d’aboutir à Copenhague tout en imposant des objectifs ambitieux, le tout dans un clivage Nord – Sud qui prédomine toutes les discussions. Suivront de nombreuses interventions, à commencer celles des petites îles, puis l’alliance « composite » composée de nombreux gros émetteurs (Australie, Canada, USA, Russie, etc.), l’Union Européenne, auxquels succéderont des regroupements plus territoriaux (pays africains, d’Amérique Centrale, etc.). Et enfin celles, individuelles, de pays membres de ces différents groupes. La tonalité est claire. Tous les pays réaffirment leur volonté d’ « aboutir »... ce qui ne mange pas de pain. Un progrès malgré tout car ce n’était pas le cas à l’époque où certaines grandes puissances niaient encore le dérèglement climatique. C’est en fait sur la question de l’aide du Nord au Sud que la différence d’implication est notable : rarement mentionnée par les pays du Nord, elle est au coeur des revendications de tous les pays du Sud, qui tous se réfèrent à l’intervention du G77 et de la Chine. D’ailleurs la question n’est pas que financière. On le sent à la vigueur des interventions, à leur caractère parfois passionné (les plus applaudis seront le représentant Bolivien, parlant de la mère Terre et demandant qu’on mette autant sur la table que pour sauver les banques de Washington, et celui des îles Salomon exprimant l’angoisse de la disparition). Pour une partie du monde, la question du climat n’est pas une question théorique d’avenir, un sujet parmi des dizaines d’autres, c’est devenu la question cruciale, vitale, prioritaire : ce qui se joue à Copenhague est bien autre chose qu’une négociation habituelle. Le flop de Borloo Dans cette longue série d’interventions, l’Europe n’aurait du parler que d’une seule voix, par celle du représentant de la présidence suédoise, très décevant en terme d’ambition mais illustrant bien l’état de l’équilibrisme constant de l’UE. Quand, tout à coup, la présidence de séance donne la parole à la France. Je tends évidemment l’oreille. Et ce d’autant plus que la caméra qui projette sur grand écran les visages des orateurs tarde à trouver les rangs français. Le timbre de voix m’est familier... C’est Jean-Louis Borloo, dont l’image apparaît finalement à l’écran. Que fait un ministre ici, dans cette enceinte peuplée de hauts fonctionnaires et d’ONG ? Quelle est l’opération politique tentée (car il ne fait pas de doute qu’il s’agit d’une opération politique)? Est-elle uniquement à vocation de politique politicienne franco-francaise (mettre en scène la France comme impliquée à fond dans le combat pour le climat) ? Où vise-t-elle aussi à secouer un peu le train-train habituel de ces conférences ? Un peu des deux sans doute. L’intervention, en 1mn30, n’est pas mauvaise. Elle reprend la thématique dorénavant officielle de la France sur « justice et climat », « aide aux pays les plus pauvres ». Mais à en juger par les faibles applaudissements, la prestation tourne au flop. Difficile d’en apprécier les raisons réelles : exaspération de voir la France chercher à tirer la couverture à soi ? Incompréhension de voir un ministre venir dès maintenant dans la mêlée ? Surprise d’entendre un intervenant parler autant à la première personne ("je") quand tous les autres parlent au nom de leur pays, voire du monde ? Manque de crédibilité de la France largement suspectée de double discours et de fanfaronnade ? En tous cas, l’opération politique est loin d’être un franc succès. Et Borloo a pris le risque d’affaiblir la cohésion européenne. La suite dira quelle en sera l’ampleur. La parole des villes et des ONG Une fois achevée cette longue série d’interventions nationales, prennent place, dans une salle déjà beaucoup moins remplie, des interventions non-gouvernementales qui tentent de faire prévaloir des points de vue à intégrer dans la décision. Interviennent ainsi les organisations internationales du transport maritime et aérien (à les en croire, ils font le maximum pour le climat... sous-entendu pas la peine de leur imposer des contraintes !), la Croix Rouge qui souligne les dégâts humains déjà constatés, le patronat (qui ferait déjà beaucoup pour développer des économies émettant peu de carbone !), les ONG du climate action network et de Friends of the Earth qui soulignent l’urgence et l’impératif d’action liant climat et justice, les villes, les peuples indigènes qui rappellent que c’est de leur survie dont il s’agit. Et enfin les syndicats, les organisations féministes et les associations de jeunesse qui renforcent encore la pression de la société civile. Une mention toute particulière - on ne s’en étonnera pas de ma part-, en tant qu’adjoint en charge du climat dans une grande ville française, pour la forte intervention de mon ami Ronan Dantec², porte-parole des villes dans cette enceinte. Il a non seulement souligné l’importance à agir, mais aussi la capacité d’unité des villes autour de positions et engagements communs malgré leurs différences (un exemple pour les Etats) et surtout leur volonté d’en faire plus. Sans l’action des villes, l’accord de Copenhague restera inapplicable. Raison de plus pour inscrire dès maintenant les conditions de cette coopération dans le texte. La plénière s’achève ainsi. Tous les acteurs se sont présentés et ont exprimé leurs attentes. Reste 12 jours pour jouer la pièce et surtout pour aboutir. Denis Baupin En direct de Copenhague (1)(le document sur lequel travaillent les délégations nationales depuis de nombreux mois et qui, passé par une phase à 200 pages, a été considérablement amaigri) ² lire son intervention : http://europeecologie.eu/Discours-de-Ronan-Dantec  » Lire l'article